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02/04/2022 - 08:00

Henri Storck en ciné-concert par Stéphane Orlando - Hommage au père du documentaire belge

Bozar Salle M

Le grand maître du « cinéma du réel » à travers deux de ses films muets les plus significatifs mis en musique par Stéphane Orlando.

Images d’Ostende (1929) et Misère au Borinage (1933)


Henri Storck l’affirme : « le cinéma muet avait mis au point des formes narratives parfaites et des techniques de prise de vues remarquables. Au temps du muet, on pouvait dire que c’est par les images qu’un sourd entendait ce qu’avait à lui dire un muet. Et le comble de l’art était de tourner des films sans aucun intertitre. »

Au sujet de son film Images d’Ostende, tourné durant l’hiver 1929-1930 qu’il qualifie de « purement visuel », il n’existe pour lui « aucune solution sonore, il ne tolère aucune musique, aucune musique ne colle avec les images et tout ce qu’on pourrait ajouter comme bruit ou parole ne pourrait que détruire une sorte de poésie visuelle qui s’en dégage ».

Quant à Misère au Borinage, tourné en 1933, un film « purement muet, coupé d’intertitres. L’effet était puissant. Les titres créaient un rythme et donnaient une information et un sens aux images, lesquelles s’adressaient plutôt à la sensibilité ».

A l’origine, Ivens et Storck voulaient faire appel à Bertolt Brecht pour écrire un prologue et à Hans Eisler pour composer une musique. « Mais les circonstances (la même année les livres de Brecht étaient brûlés à Berlin et il avait fui au Danemark) et la pénurie de moyens nous en empêchèrent ». 

Au début des années soixante, les intertitres ont été remplacés par un commentaire parlé en respectant scrupuleusement les intertitres originaux et avec une attention toute particulière au ton de la lecture, pour respecter au maximum le projet initial.

Cependant, en 1983-84, un ancien élève d’Eisler, André Asriel, fut invité par l’historien allemand du cinéma, Lothar Prox, à écrire une musique pour Misère au Borinage.

Storck décrit l’accompagnement du film par la musique d’Asriel, comme une « musique de grande qualité et tout à fait dans le style d’Eisler [qui] ajoute un sentiment d’exaltation révolutionnaire au film qui ne dessert pas celui-ci mais qui enlève peut-être au document ce côté implacable et irréfutable qu’il possède. C’est un bon exemple de la manière de faire glisser un document rigoureux vers un pamphlet lyrique. »

Ces commentaires d’Henri Storck nous montrent toute la méfiance qu’il portait envers l’adaptation musicale de ses films. La musique par trop de lyrisme peut soit étouffer une construction poétique visuelle, soit déforcer, voire détourner, le propos filmique par une surenchère de pathos. 

Je pense que la solution à la problématique posée par Storck est possible en trouvant la distance juste face à l’image — sans trop de détails explicatifs mais sans être trop détaché de la narration non plus —, avec une structuration par grandes entités dramaturgiques. De plus, en utilisant une palette subtile et variée de couleurs instrumentales, on peut réussir à alléger le propos sonore. Tout cela devrait être moulé dans un sens rythmique vivant qui ne se prive ni de groove, ni de répétition, de façon à bien laisser respirer les images.


Ciné-concert composé par Stéphane Orlando
Ensemble Musiques Nouvelles, dir. Jean-Paul Dessy / Stéphane Orlando
Une coproduction Mars - Mons arts de la scène / Musiques Nouvelles / Les Sons des Cinés 
Avec l’aide du Fonds Henri Storck et de la Cinematek
Enregistré à Arsonic en avril 2021
Tout public, 44 min. sans entracte

Vidéos

Photos : Jarek Francowski. Télécharger les photos.